Le prix libre par Chahut

Le juste prix libre

Ce texte est le fruit de réflexions et de bilans des événements de Chahut. Plus qu’un texte de positionnement, il est le témoignage de nos débats et des situations que Chahut rencontre.

Le prix libre, de quoi ça s’agit ?

Si cette pratique est courante dans les milieux militants, elle l’est beaucoup moins dans nos quotidiens où la plupart de nos échanges de biens et de services sont partie intégrante de la sphère marchande. Et comme le but est de rendre ces échanges quotidiens rentables, la pratique du prix fixe permet ainsi de quantifier chaque étape : fabrication, transport, vente. Jusqu’ici tout va bien, nous sommes bien dans un capitalisme généralisé.

Pour autant, le prix fixe ne permet pas un accès égal à tou.tes à ces produits ou services.

La pratique du prix libre permet justement de casser cela en affichant : « Tu paies ce que tu veux, ce que tu peux » .

Ça permet de se questionner sur nos possibilités réelles de payer ou non, de réfléchir à ce que vaut le repas végétalien / bio-local proposé, de donner plus en soutien au collectif qui organise l’événement, de prendre le temps de discuter sur l’intérêt de faire telle ou telle activité, etc.

Cette démarche est assurément politique, les aspirations sont bien souvent égalitaires et anti-capitaliste, en proposant une façon simple et directe de rendre plein de choses accessibles à tou.te.s : livres, bouffe, spectacles… Pousser la notion d’accessibilité dans nos événements pose un message clair : faire la fête, se rencontrer, réfléchir ensemble est un besoin fondamentale de l’humain, et non un simple loisir, ou un luxe.

Mais si cette pratique amène des questionnements (voir des embarras) à celles et ceux qui viennent en tant que public, il est assez courant de se retrouver seul.e à gérer la caisse d’un événement sans s’être posé soi-même ces questions. Alors ? Pas évident pour que tout le monde se sente à l’aise de payer ce qu’il/elle souhaite !

Laisser une caisse à disposition ou prendre dans la main ?

Dans la démarche du prix libre, il y a plusieurs écoles.

« Prendre à la main c’est forcer les gens », « Je ne veux pas fliquer les gens sur se qu’elles/ils donnent » est-il courant d’entendre.

La démarche du prix libre est d’abord de se responsabiliser sur ce que l’on donne, peu importe le montant.

On ne va pas se mentir, il y a de réels enjeux économiques derrière l’organisation d’un événement à prix libre. Et pour avoir fait le comparatif assez souvent, laisser une caisse à disposition « rapporte » beaucoup moins. Les raisons de ce constat sont multiples : manque de visibilité de la caisse, l’idée qu’une soirée à prix libre est une soirée gratuite ou pas chère, le manque d’information sur le fonctionnement économique de l’association, du festival…

Pourtant, il est assez frustrant de faire très peu de bénéfices, voir de ne pas se rembourser, lorsque l’on s’est tué à la tâche gratuitement (et joyeusement !), que l’on a pris du temps a faire plein de récup’. En effet, un déficit sur un événement c’est autant d’énergie en plus que les bénévoles devront fournir sur le prochain événement afin de récupérer l’argent.

L’idée de prendre l’argent à la main n’est pas de juger ni de fliquer la personne, mais d’avoir une intention de se responsabiliser chacun / chacune. Ça permet notamment d’avoir un contact directe et de prendre le temps d’expliquer notre propre démarche si le besoin s’en fait ressentir (mais aussi de refuser ces maudites pièces rouges, tellement fastidieuses à compter ^^). Il s’agit bien plus de visibiliser les lieux de paiement que de culpabiliser les gens. De plus, ce n’est pas forcement évident qu’il soit possible de se servir dans la caisse afin de se faire de la monnaie. Un-e bénévole en s’occupant de la transaction peut être rassurant-e sur ce point.

Mais dans ces conditions, la posture et la réaction de la personne qui reçoit l’argent devient cruciale. En tant que receveur-euse, il faut avant tout être soi-même à l’aise avec sa propre politique du prix libre, connaître les enjeux derrière l’événement organisé et surtout prendre attention à mettre à l’aise les personnes ne pouvant / ne souhaitant pas donner beaucoup d’argent.

Situation rencontrée à la Cui-Cui-Zine du Festival des Oiseaux de Passage, alors qu’une file d’attente presse le pas pour prendre son assiette :

« – Bien le bonjour, combien d’assiettes ?

– J’vais t’en prendre 2 s’te plaît »

La personne donne 30€.

« – Je te rends combien ? Rien du tout ? Oh ben dis donc ! Euh… Et bien merci, merci beaucoup, c’est très gentil ! Bon appétit ! »

Alors quoi, dans un festival militant serait-il coutume de remercier particulièrement les riches ? La personne qui vient à l’instant de donner 3€ pour au final simplement manger, c’était peut-être bien un acte de soutien. Comment juger de la valeur du prix que met l’autre quand on ne connaît pas sa situation ?

Pour éviter ce genre de situation, il faudrait que le prix libre ne soit pas une simple habitude « égalitaire » mais bien le fruit d’une réflexion commune interrogée à chaque événement.

Pour autant, dans un contexte propice, du fait que les personnes présentes soit particulièrement à l’aise avec le prix libre ou qu’il n’y a pas d’enjeux de remboursement particulier, il nous semble tout à fait possible de se faire un maximum confiance en laissant simplement une caisse à disposition. C’est ce que nous faisons par exemple pour les brochures type « infokiosques » que nous laissons à disposition sur nos événements.

L’information

Si la pratique du prix libre permet de plus nous impliquer sur ce que l’on consomme, il nous faut tout de même un minimum d’informations pour statuer sur ce que l’on souhaite payer.

Quels enjeux y-a-il derrière l’événement ? Quels résonances politiques quant-à l’utilisation du prix libre ? Combien ça a coûté en dépenses et en énergies humaines ? Quelle utilisation des bénéfices par les organisateur-ices ?

A ces questions, il est plutôt compliqué d’y répondre lorsque l’on ne fait pas partie de l’événement.

En pratique, il est courant que ces informations manquent ou ne soient que peu visibles dans nos événements. Voici les éléments sur lesquels nous souhaitons insister pour améliorer notre transparence :

– L’affichage : pancartes, écrits, banderoles, tracts… expliquer notre démarche et les enjeux de l’événement par écrit afin de rendre l’information disponible.

– Les explications orales et le temps que nous leur consacrons, afin de rendre l’information vivante : s’il l’on sert 800 repas en 2h, il paraît compliqué de prendre 5min pour discuter avec chaque personne. Sauf s’il l’on a prévu en amont d’affecter un certain nombre de personne au service !

Quoi qu’il en soit, à Chahut nous continuons à nous former et à apprendre sur nos pratiques du prix libre. Nous sommes conscient.e.s qu’à chaque événement le contexte est différent et par conséquent le dispositif du prix libre aussi. L’objectif étant de politiser la question, de se sentir à l’aise avec cette démarche et finalement qu’elle remplisse sa fonction première : rendre un événement accessible à tou.te.s tout en permettant à l’événement lui-même d’exister, d’évoluer, de diffuser des pratiques d’autonomie !

Les différents « prix libres » possibles :

– Prix tellement libre qu’il en est gratuit

– Gratuit ou prix libre

– Prix libre ou gratuit (très différent! ^^)

– Prix libre avec un prix indicatif (de coût de reviens ou de recette attendue)

– Prix libre

– Etc