Echos de la Dalle

Les Échos de la Dalle sont des rendez-vous bimensuels organisés dans l’espace public, sur la Dalle Kennedy (quartier au Nord-Ouest de Rennes), afin de faciliter la rencontre de toutes et tous et de susciter l’envie de se mettre en action dans son quartier.

Concrètement, les Échos de la Dalle au printemps 2017

Afin de rassembler des acteurs-ices autour d’un objet défini, il nous est apparu nécessaire de créer une trame de programmation. Vous l’aurez compris, ce cadre doit être requestionné par les habitantEs et associations de Villejean afin qu’ils et elles puissent se le réapproprier.

Voici donc le pré-programme des Échos de la Dalle :

Samedi 1 avril de 14h à 18h

Les Échos de la Dalle sont de retour. Alors mettons tout ce qui fat l’identité des Échos à l’honneur : Magasin Gratuit, canapé, jeux en bois, atelier de réparation vélo… ! L’objectif est d’annoncer les dates à venir et d’inviter autant que possible les habitantEs de Villejean à se positionner sur celles-ci comme acteurs-ices ou co-organisateurs-ices.

Samedi 15 avril de 14h à 18h

Échos construction. Oui on peut bricoler dans l’espace public, transmettre des savoir-faire, mettre en communs nos outils et peut-être construire du mobilier à usage collectif ! Alors qu’est-ce que ce sera ? Des bacs de jardin ? Des panneaux à craies ? Toutes les idées, tous les outils et toutes les bonnes volontés sont les bienvenus.

Samedi 29 avril de 14h à 18h

Boeuf musical. On espère qu’une petite dizaine de musicien.ne.s amateur.ices de Villejean répondront présentEs pour cet après-midi qu’on imagine convivial et sonore. Vous habitez le quartier et vous jouez de la voie ou d’un instrument ? Vous connaissez quelqu’unE qui pourrait être intéressé ? Contactez-nous !

Samedi 13 mai de 12h à 16h

Auberge espagnole géante. On compte sur la participation du plus grand nombre d’habitantEs pour faire de cet Échos un banquet multi-culturel, un livre de recette vivant !

Samedi 27 mai de 14h à 18h

Spectacle de collectif(s) d’habitantEs. On est à la recherche de collectifs d’artistes plus ou moins naissant pour faire des spectacles du la Dalle Kennedy. Chahut prend en charge la logistique, mais les talents et le travail de création existe déjà, on en est sûr. Danse, rap, musique traditionnelle, exposition de dessins ou peintures… Tout est possible et tout est prétexte à faire des rencontres ! Venez partager vos passions, vous trouverez peut-être d’autres passionnéEs avec qui avancer dans vos projets !

Samedi 10 juin de 16h à 21h

Restitution des contes écrits par les habitantEs et projection-débat autour d’un film. Les contes, vous aurez l’occasion de les raconter, de les inventer, à toutes les dates des Échos de la Dalle qui auront précédé. Le film, il est encore à définir, l’idée est qu’il résonne avec la vie du quartier et des habitantEs pour qu’il puisse susciter du débat ! Les propositions sont les bienvenues comme toujours.

Rétrospective des Échos de la Dalle

Si vous voulez en savoir plus sur la genèse du projet et sur son fonctionnement, nous vous invitons à lire les paragraphes qui suivent. Ils sont le fruit de la réflexion de deux membres de l’association seulement, mais ils ouvrent certaines portes de réflexion et répondent, sans trancher, à certaines critiques que l’on peut faire aux Échos de la Dalle.

Dans les critiques / questionnements qui traversent en permanence le projet des Échos de la Dalle, on retrouve notamment le choix de la Dalle Kennedy comme “terrain” de ce projet et la légitimité de l’association à y intervenir, l’association et ses membres n’étant pas installés à Villejean. Les paragraphes qui suivent retracent en partie le cheminement interne de l’association sur ces questions, il est développé ici par soucis de transparence envers les habitantEs et touTEs les potentiel.le.s futurEs co-organisateurs-ices. Les termes employés sont néanmoins à comprendre en lien avec le cadre et la culture (politique) de l’association Chahut.

Contexte

L’idée des Échos de la Dalle est intimement liée à la naissance de Chahut. En effet, l’association c’est créée à la suite de l’organisation d’une Semaine de l’environnement (SDE) durant laquelle s’était déroulée une Journée de la Dalle : une journée entière où les militant.e.s de la SDE allièrent porteur de parole, cuisine et jeux pour les enfants, en plein milieu de la dalle Kennedy à Villejean. Le choix du lieu n’était pas anodin : certes la SDE voulait décentraliser ses activités et « rayonner » un peu partout dans la ville, mais souhaitait également s’inscrire dans une démarche de réappropriation de l’espace public par les habitant.e.s. Or la dalle Kennedy était connues par les membres de la SDE pour le peu d’échanges inter-communautaires que les habitant.e.s y ont, en dépit de leur nombre et de la richesse de leur diversité (âges, cultures, classes sociales, opinions politiques, etc.).

Cette Journée de la Dalle fut une réussite et surtout révéla aux organisateur-ices et notamment aux futur.e.s fondateur-ices de Chahut le potentiel de transformation de ce terrain.

Objectifs initiaux

Riche de cette première expérience, même succincte, le projet des Échos de la Dalle prend forme et se lance au printemps 2016. Les objectifs sont dès alors très ambitieux : faire de la dalle Kennedy un espace de rencontres, de discussions et d’organisation collective, susciter la participation puis l’implication des habitant.e.s dans cette démarche de réappropriation de l’espace public, transmettre progressivement aux habitant.e.s des outils/modes d’organisation et les enjeux de la réappropriation de l’espace public, faire en sorte que Chahut devienne le plus vite possible une structure accompagnatrice sur des questions d’animation ou de logistique pure puis dans l’idéal que l’association devienne dispensable à la dynamique de réappropriation de l’espace public.

Pour accueillir ces objectifs initiaux, le projet s’étalait (dans un premier temps) sur 6 samedi au printemps et 6 samedi à nouveau à l’automne, chaque « Écho » étant espacé de 2 semaines. 4 samedi furent effectivement réalisés au printemps, faute de préparation et de force vive pour respectivement la 1ère et la dernière date toutes deux annulées. Du 17 septembre 2016 au 26 novembre se sont bien 6 samedi qui ont rythmé par les Échos de la Dalle à la cession d’automne.

Interaction personne / milieu

La posture générale adoptée par les membres du groupe organisationnel durant ces 10 dates en tout fut celle de « l’interaction personne / milieu ». Nous partions du principe qu’on ne connaissait pas le terrain sur lequel on intervenait. Nous étions sensibles aussi aux problématiques que posent l’intervention d’un groupe de militant.e.s associatifs-ves blanc.he.s ayant pour la grande majorité eu accès à des études supérieures, dans un quartier d’une extrême mixité qui n’est pas « le leur ».

Ainsi, aussi bien par besoin d’auto-formation que par humilité et nécessité de retenu, on a opté pour une approche plutôt discrète, sans jamais de communication en amont sur les Échos de la Dalle, avec pour seul moyen de rencontrer les gens et de faire du lien : la rue. Concrètement, nous avons essayé tout un tas de façons d’utiliser la rue : jeux en bois, porteur de parole, canapés, fauteuils et boissons chaudes, en-cas et jus de pomme fait maison à prix libre puis gratuit, émission de radio en plein air, magasin gratuit, atelier de réparation de vélo, chantier bois, atelier peinture, craie, initiation aux percussions, bibliothèque / infokiosques itinérant(e), spectacle de clown, fabrication de citrouilles et de masques, lectures de poèmes, jeux de cartes et de société. Bref, on tâtonne, on expérimente, on réajuste, on débriefe à chaud et à froid, on essaye autre chose…

À toutes les combinaisons possibles des animations mentionnées plus haut, il faut encore rajouter les imprévus et les initiatives spontanées, très riches de questionnements pour l’équipe des Échos de la Dalle : invitation d’une habitante à venir chez elle débarrasser ce qui est donnable au magasin gratuit, passage de la BAC à côté de la radio alors même que des jeunes du quartier parlaient des violences policières, vol puis retour par cadi-voyageur de notre pass-trap, trombes d’eau qui rassemble sous le kiosque…

À force de revenir encore et encore sur la dalle, en plus d’être identifié.e.s voire attendu.e.s par des habitant.e.s, nous commençons à connaître les gens qui y vivent, à reconnaître les gens qui y passent mais sans forcément que ceux-ci s’y arrêtent, à nous fabriquer des souvenirs. Cette dalle devient de plus en plus la “nôtre” aussi, et cette légitimité accrue commence à se ressentir dans les échanges.

Évolution des objectifs

Malgré une somme d’expériences dont le groupe des Échos de la Dalle est fier, force est de constater que les objectifs initiaux se sont heurtés à une réalité complexe et lente à transformer. Les objectifs initiaux apparaissent de plus en plus déconnectés du terrain, à mesure que les échos s’enchaînent. Ils prennent le rôle de « finalité » en cela qu’ils permettent de garder un horizon de transformation sociale dans le projet et des objectifs à court terme, plus atteignables, plus tangibles lorsqu’on est en animation, apparaissent : « faire de la dalle un espace convivial où il fait bon s’arrêter », « finir un jeu jusqu’au bout avec les enfants », « organiser un temps / événement fédérateur pour plus de 50 personnes à un moment dans l’après midi », « mener à terme le projet de construction de boîte en bois d’une jeune habitante ».

En précisant ainsi les objectifs, on se rend compte que certains peuvent être en tension. On identifie quelques dialectiques qui nous aide à penser la préparation des différentes journées. Par exemple, il existe une tension entre le fait d’organiser des activités, qui nécessitent un cadre spatio-temporel, un.e ou plusieurs animateurs-ices identifiés et distinct.e.s des habitant.e.s-participant.e.s et le fait d’aménager l’espace de sorte à gommer le cadre, les casquettes et à rendre l’espace réappropriable. De fil en aiguille, nous sommes confrontéEs à une autre dialectique, celle entre ouverture et intégration : si l’on mise trop sur l’ouverture, si l’on supprime le cadre, seules les personnes les plus à l’aise se réapproprieront l’espace au détriment de personnes qui trouvent plus difficilement leur place sur la dalle Kennedy. Car ouverture ne veut pas dire accessibilité. De plus cela signifierait laisser le champ libre à des rapports de dominations qu’il est aussi question de combattre en transmettant les enjeux de la réappropriation de l’espace public. De l’autre côté, si l’on mise trop sur l’intégration, si l’on balise l’espace pour qu’il soit « safe », si l’on créer un entresoi sécurisant selon une grille de lecture dominant-dominé pour aller loin avec certaines personnes, nous risquons de faire fuir une bonne partie de notre public ne se reconnaissant pas dans les codes proposés, ne souhaitant pas s’engager… A titre d’exemple, nous avons remarqué que moins le cadre des Échos de la Dalle était clairement posé, plus les hommes prenaient un place prépondérante. Ceci suscite à la fois satisfaction de par le fait que des habitants se sentent à l’aise pour déplacer les canapés, se réappoprier le matériel dédié aux Échos de la Dalle ; et à la fois interrogations du fait que la réappropriation de l’espace public ne doit pas se faire selon nous au prix d’une ré-affirmation du patriarcat.

Ces dialectiques et d’autres sans doute moins centrales ont donc rythmé et rythment encore nos temps de réflexion. Elles sont sources d’émulation, d’intégration et d’émancipation pour ses membres. Intégration par la création d’un savoir collectif et donc d’un « nous » consistant, avec son propre contenu. Émancipation par l’accès à la posture meta, qui permet aux membres d’opérer un regard critique sur elleux, leurs pratiques et leurs déterminismes. Nous aspirons à partager nos lectures de l’espace public et des enjeux de sa réapporiation, à la faire évoluer. Loin de vouloir limiter notre intervention à un travail théorique, nous mettons un peu de côté nos “beaux discours”, qui ne sont en rien des vérités ; la révolution se fera dans la rue ou ne se fera pas 🙂