COSMETIQUE

avec Lucie

vendredi • samedi • dimanche

Je fabrique des cosmétiques à partir de matières premières végétales et biologiques. Les produits que je fabrique sont les suivants: savons (en saponification à froid), baumes, déodorants, shampoings, huiles d’onctions, …

J’essaie d’intégrer au maximum la tradition ayurvédique dans mes créations et pense les recettes d’un point de vue holistique. Ainsi, par l’olfactothérapie et les vertus proprement chimiques des plantes, les synergies jouent de concert un rôle sur le corps, l’âme et l’esprit. (c’est pas un peu trop mystico-babacool ça?)

Il y a maintenant un peu plus de trois ans, j’ai commencé à m’intéresser (vraiment) aux plantes et à l’application quotidienne d’une éthique écologique dans mon quotidien. C’est alors que je me suis improvisée petit chimiste dans ma cuisine cévenole. De fil en aiguille, j’ai vu naître en moi un intérêt grandissant pour la magie de l’alchimie des plantes et des huiles. Les parfums m’ont connectée à la puissance du féminin qui participe (dans l’ombre et le secret) à la mécanique vertueuse du monde. Chaque plante, chaque essence nous raconte son histoire, notre histoire. Elles nous accompagnent fidèlement sur notre route, dans nos maisons. Elles renforcent nos souvenirs, ravivent nos émotions, apaisent nos coeurs parfois lourds,…

La cosmétique m’a aussi apporté un questionnement essentiel: qu’est ce que prendre soin de soi? Le cheminement de pensées qui était le mien m’a amenée à croire (avoir foi) en la nécessité humaine de ritualiser nos vies et y accorder des attentions quotidiennes. N’est-ce pas Gandhi qui disait ceci?:
 
Vos croyances deviennent vos pensées,
Vos pensées deviennent vos mots,
Vos mots deviennent vos actions,
Vos actions deviennent vos habitudes,
Vos habitudes deviennent vos valeurs,
Vos valeurs deviennent votre destinée.”
 
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Que vas-tu proposer de fabriquer sur le marché?
 
Des roll-on (15ml) à thème. Soit en olfactothérapie (anti-stress, sommeil, …), soit en application directe (antifongique, contre l’acné, les blessures, contour des yeux, …).
Une liste de recettes sera présentée et chaque participant pourra choisir la composition qu’il voudra fabriquer. 
 
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Quel est ton rapport avec la transmission de ton savoir-faire ?
 
J’adooore papoter! Alors ça tombe quand même vachement bien. Quand on transmet au sujet des cosmétiques, j’ai constaté que l’on abordait tout de suite l’intime, l’indicible, le tabou, … Ici nous parlons de notre corps, du temps que nous lui accordons, de l’image que nous en avons, … 
La transmission passe alors surtout dans l’exemple du droit à prendre soin, droit à se poupouner, se dorloter, se chouchouter, se choyer. On peut dire qu’en matière de conseils, internet regorge d’infos (c’est à la mode à ce qu’on m’a dit). Ma personne incarne parfois un tiers rassurant qui fait le tri et qui propose une vision personnelle de ce qui semblerait adapté à chacun. Et puis, quand on fait une fois avec quelqu’un, on ose le faire de nouveau tout seul chez soi. 
 
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Le marché de Lëon l’année dernière a été ma seule expérience de prix libre. J’en ai été ravie pour plusieurs points. J’ai remarqué une attitude de consommation bien différente. Les gens m’ont quasiment tous demandé le mode opératoire de fabrication, quels sont mes fournisseurs, combien de temps je passe à la réalisation, la conception, et même qui suis-je… Parce que la vérité semble se loger ici. Il y a quelqu’un derrière un produit artisanal et de là, peut intervenir la question de sa valeur. Cet objet devient investissement de temps, d’amour et de sueur. Il participe à la vie économique d’un foyer et nous savons de quel foyer. Nous pouvons discuter avec l’esprit qui l’a pensé, serrer les mains qui l’ont façonné, goûter à l’univers dans lequel il a été façonné. On apporte un peu de l’autre chez nous, on enrichit notre monde du monde de l’autre sans rien lui ôter. 
J’ai remarqué que quasiment la totalité des gens demandent le prix que j’exerce habituellement sur les marchés. Ils m’ont exposé des arguments tout à fait recevables pour je puisse répondre à leur requête. Ils n’ont pas en tête les coûts des matières premières, le temps passé à la réalisation, le prix du marché, des charges, et de mon loyer, arf! Il y a une réelle demande des gens à payer un prix juste qui permet d’entretenir la flamme qui luit au fond des yeux de l’artisan. C’est quand même cool! Mais bon, on le sait bien, tout le monde ne peut pas se permettre financièrement d’entourer son quotidien d’artisanat. Alors, on fait du troc. Un savon en échange d’une pièce, d’un repas, d’un objet, d’un sourire, d’un conseil. Une huile en échange d’une belle discussion, d’une rencontre, de légumes, d’une promesse de se retrouver une prochaine fois.  Et ça marche!